La vision de l’Ailleurs à travers le rap

1 juil. 2023
6 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 sept. 2023
La vision de l’Ailleurs est rattachée à la perception d’un endroit intense, plein de paix et surtout idéal considérant que chacun à sa propre vérité donc chaque définition de cette utopie qu’est l’Ailleurs est différente. Entre l’« Ici » et l’« Ailleurs », on capte vite qu’un est l’état métaphorique de la condition humaine, et l’autre, est l’antimonde du spleen aux coutures parfaites.
On retrouve chez Baudelaire, comme chez beaucoup de rappeurs, un réel sentiment de se faire enterrer par l’Ici, qui nous consume chaque jour. Ce temps, cet « Ennemi » comme l’appelait Baudelaire dans Les Fleurs du Mal, est ce qu’il fait que nous nous dégradons quotidiennement dans cet environnement qui donne goût au néant. L’Ailleurs est considéré comme une utopie, comme celle de l’Eldorado, ce mythe de la cité d’or à l’époque des conquistadors, ou même le mythe d’Agartha qui est la parfaite définition d’une Utopie. L’élément le plus marquant dans la perception de l’Utopie à travers le mythe du royaume d’Agartha est que ce monde sous-terrain serait un monde complètement différent que celui dans lequel nous vivons, où les Hommes seraient sages, détenant connaissances et bonne morale. Pour garder la connotation religieuse que ce mythe peut évoquer, on peut comparer nos mondes en affirmant qu’ici, l’enfer c’est les autres.

La relation entre ce mythique Ailleurs et le rap découle de l’essence même du rap, avant tout le marketing qui s’est installé autour, c’est-à-dire, pouvoir alterner son propre Ici. Aujourd’hui, cette mentalité est pour beaucoup, encore une réalité comme on peut entendre Wallace Cleaver le dire dans « Ici », : « C't'année c'est p't-être la fameuse mais l'ciel il fait grave la tête ».
Ici, dans les rues de Babylone city, entourant des nuances, il y a deux grandes pensées distinctes qui s’opposent, celle de s’ancrer dans ce système usant à base de capitalisme et manipulation de masse en tout genre qui est le thème du son Megadose de Vald. Le psychiatre polonais Kazimierz Dabrowski qualifiait déjà au 20ème siècle ce monde comme primitif et confus et défendait l’idée que de chercher sa place dans ce monde est plus malsain que de ne pas chercher à s’y implanter. La seconde pensée se distingue par la quête d’un individu dans laquelle il cherchera à s’élever, augmenter ses vibrations et ressentir la paix de l’âme basée sur des ressources immatérielles. Alors, ce n’est pas un article sur le développement de soi-même, mais le rap cathartique évolue avec les mentalités. L’éveil que connaissent nos générations est rempli d’espoir car des rappeurs nous montrent qu’il est possible de ne pas sombrer dans les rouages du système et de l’éviter pour une vie plus saine basée sur la paix intérieure. A travers leurs textes et leur esthétique, on voit que les rappeurs cherchent donc à s’évader, trouver un havre de paix qui résiderait dans leur conscience.
Népal était avant-gardiste de cette pensée libératrice lorsque celle-ci est décrite dans son premier et dernier album studio Adios Bahamas. Népal y peint une fresque où sont détaillés tout au long de l’album les vices du monde tel qu’il est. Lorsque lui prône au contraire ce niveau d’éveil où l’Homme n’est jamais reconnu comme machine ou outils de la société, et que ses natures primaires devraient avoir plus de pouvoir que l’argent. Ainsi, nous devrions diriger nos vies par ce qui nous stimule et non avoir des obligations pour nous permettre de vivre. Quand Népal dit « Si t’es au stud’ comme à l’usine, Babylone a gagné », c’est tout simplement l’échec tragique de la passion au profit de l’économie. Tout comme la cité de Babylone s’est détruite et reconstruite nombre de fois pour avoir adorer les pouvoirs d’un dirigeant, toute la partie passionnelle d’aller au studio s’effondre également. L’idée que la paix superficielle se trouve aux Bahamas mais que la vraie paix est lorsque ton aura couleur lavande dessine le ciel se retrouve quand il dit qu’ « au bord de la mer j’saurais même pas quoi y faire ».
La musique et ses couleurs permettent un auto-conditionnement mental quant à l’intensité à laquelle la musique atteint tes récepteurs de dopamine, c’est plus qu’affirmer qu’écouter de la musique triste te rend triste, c’est admettre qu’elle peut sincèrement atteindre tes émotions primaires pour les alterner. Tout se joue dans les nuances des propos mon pote, soi attentif. Aussi, on sait que les battements du cœur s’ajustent au tempo et le cœur est l’organe qui produit le plus d’énergie. La théorie de la pensée positive quant à elle, induit qu’écouter des musiques qui stimule ta détermination, ta créativité, ton envie peuvent changer ton état d’esprit. Toujours sur la branche générationnelle, on peut dire que le « rap conscient » à changer de mentalité et de discours également, pas en quelque chose de moins bien, mais de plus adapté à « aujourd’hui ».
Et puis malgré tout, les limites de ce termes sont de plus en plus flous, est ce que entendre La Fève et ses textes qui respire la nouveauté en donnant de la force, en essayant de s’assagir pour ne pas se plier aux vices mais se soigner à la vertu comme il le décrit dans l’outro de la big ERRR Tape « le ce-vi m’enlise everyday, si on t’a proposé frérot, goute pas ça » qui permet une écoute déterminante non pas sur le côté artistique mais inconscient, ce serait pas un peu du rap qui fait réfléchir comme un Isha tu vois. Je pense que ça a aussi à voir avec le choix des mots dans l’écriture qui évolue et qui aujourd’hui se démarque par sa simplicité non démunie de précision et qui cause des formes d’introspections chez pas mal de rappeurs, évidemment j’écris ça et j’ai H Jeunecrack qui pop dans ma tête, quand il dit « La vie c’est quoi, enterrer mes amis jusqu’à ce qu’ils m’enterrent » c’est exactement ce processus de déconstruire la vie et la remettre dans son propre ordre comme un grand puzzle dont on est le Grand Manitou qui me plonge dans la matrice de cette nouvelle formula de lyrisme.

Chacun a ses coupables qui les traînent dans les bas-fonds sociétaux, La Fève, lui, est un rappeur de plus qui blâme l’industrie musicale lorsque dans SAOULE il rap : « que d’la saleté dans mon esprit, j’pense à comment il a été sali par le nessbi ». La Fève reprend également un champs lexical animalier qui rappelle la notion de l’état de nature de Hobbes à laquelle se rattache sa citation « L’Homme est un loup pour l’Homme » lorsque dans Crenshaw il balance : « Ce petit serpent veut ta peau le sens tu ? Là je suis affamé c’est dans ma nature ». La citation de Hobbes découle du fait que chaque Homme peut désirer ce que l’autre à. Lorsque LaF dit qu’il est « affamé » c’est sur cette même notion de désire que nous nous interrogeons. Selon mon interprétation ce que La Fève désire c’est « un p’tit billet violet pour nous canaliser » en attendant d’avoir la plus belle aura de la salle ou comme Luther, de voir un ciel tout aussi coloré « J’suis sous le ciel, zin il est bleu, zin il est violet comme couleur des billets ».
clip Daruma - Népal




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