Rap anthropologique

6 oct. 2025
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Dernière mise à jour : 25 oct. 2025
L’ère du Verseau signifie accomplissement et épanouissement personnel pour qui est sensible à son influence. Il y a un point crucial à cette nouvelle ère qui est la question de la technologie. L’ère du Verseau est synonyme de complémentarité de l’humanité et technologique, ce qui concorde parfaitement avec l’évolution chronologique de l’humain. Dans cette lignée détaillée de la nouvelle ère spirituelle, on remarque des synchronicités d’acteurs culturels qui instruisent, peut-être sans le vouloir, à cette vision qui peut, aujourd’hui, être déclarée utopique. Realo et Wasting Shit sont des révolutionnaires qui provoquent des ondes sismiques dans les basements dans lesquels ils passent. Ils sont de véritables chimistes en train de concevoir à grands pas une recette générationnelle d’ouverture d’esprit par l’art-tech, philosophiquement enrichie par des idées transhumanistes dans un contexte moderne d’effondrement de statuts fixes. L’accent mis sur l’innovation sonore et visuelle évoque une sensibilité du Verseau, où l’intuition spirituelle et l’outil technologique coexistent harmonieusement.
La popularité croissante de la scène underground en France a fait remonter aux yeux de tous un débat d’appellation de genres et de limites musicales. D’un point de vue journalistique, cette période a été intéressante à suivre car elle montrait une évolution distincte du côté des artistes qui montraient une ambition naturelle d’évolution musicale due à l’évolution de conscience, avec un public partagé qui pour beaucoup a été hermétique à ces nouvelles propositions qui veulent exprimer et démontrer de nouvelles visions. Comme dans tous les domaines, l’innovation a créé un gap générationnel, puis historiquement, on sait quelle instance finit vainqueur de ce genre de scissions. Mais d’un point de vue de passionné, c’était juste des débats non indispensables de nomenclatures pour qui veut bien écouter la musique par ses propres ressentis. Ces conséquences musicales ont une cause humaine d’abord, si ces évolutions se passent ici et maintenant, c’est que notre environnement est en train de changer sévèrement.
Notre contexte moderne provoque un changement de mœurs sociétales et une remise en question de l’Humain et de son fonctionnement intimement lié au fonctionnement de la société. Ce changement se fait ressentir par les facteurs relationnels en tout genre qui ralentissent l’essor psychique de la jeunesse. Zygmunt Bauman, philosophe et sociologue anglo-polonais, parle de modernité liquide pour identifier ce phénomène à travers un essai révélateur et inédit. Il explique la modernité liquide comme une époque où les structures fixes s’effondrent, laissant place à des formes fluides et adaptables. Ce constat n’est émis ni de manière positive, ni négative, c’est juste un constat. Zygmunt Bauman n’en a pas une vision utopique, ni désastreuse, mais il en voit les dangers. La société liquide est celle de la précarité, qui s’oppose à une société solide où l’engagement structurait une forme de durabilité des rapports. Il est intéressant de retenir la citation de 2005 de Laurence Parisot, dirigeante du Mouvement des Entreprises Françaises : « Le travail est précaire, mais l’amour est précaire, la santé c’est précaire, la vie c’est précaire ». L’instabilité du tout fait que plus rien n’est durable et plus personne ne veut s’engager. Bauman met en évidence un paradoxe dans lequel les individus voudraient avoir des relations sûres et durables avec un partenaire, un employeur, un salarié, tout en conservant la possibilité de pouvoir briser cette relation à tout instant. Le gap générationnel dans lequel nous nous trouvons plonge l’individu dans l’ambivalence, un pied dans les deux mondes, entre sécurité et liberté. La liberté n’est donc pas synonyme de sécurité et cela cause une précarisation de l’existence, car sans ressources nécessaires pour se situer dans la société, on a très peu de foi en l’avenir, on n’aborde pas le futur de manière sereine et stable donc on a peur de s’engager dans ce monde qui va trop vite. Sans repères, institutions et relations stables, on se concentre sur ce qu’on peut le plus essayer de gérer, soi-même. La société liquide est une société de l’individualisme qui pousse à se sentir entrepreneur de soi-même et qui tend vers un néolibéralisme évident. La surconsommation et l’instantanéité sont des notions majeures de sa théorie et apportent un réel danger face à la question de la spiritualité. Bauman explique que les enfants sont la première cible de la société de consommation parce qu’ils sont les consommateurs de demain, leur spiritualité leur serait alors volée en les traitant comme des consommateurs dès le plus jeune âge. Le sociologue polonais Ulrich Beck parle de cette modernité liquide comme d’une société du risque, stimulante pour certains, mais qui engendre anxiété et insécurité pour beaucoup d'autres. Pour des enfants ayant grandi sous le prisme de Zygmunt Bauman, ils se retrouvent dans le spectre largement nuancé des deux extrêmes évoqués par Beck.
Aussi instable ce mode de vie soit-il, on y trouve dans l’art, dans la beauté de l’expression personnelle, une issue face à ce problème existentiel d’engagement. Par la musique en l’occurrence, Realo et Wasting Shit, que l’on peut facilement reconnaître comme acteurs de cette liquidité de la société, y trouvent par l’art, une solution, un remède aux attentes vicieuses et déshumanisantes de la société. Népal, qui dénonçait la non-spiritualité sociétale, rappait « les murs de l’asile sont construits à l’envers ». Cette pensée fait rimer instabilité avec humanité. Ce sont les personnes les plus détachées de ces structures qui sont les plus rattachées à eux-mêmes, mais chacun voit l’humain comme il le peut. La pérennité de parier sur soi-même est gratifiante pour l’un tout au long de sa vie. Les méthodes d’expressions, dans le fond et la forme, peuvent changer, mais la démarche primaire de vouloir se comprendre et se libérer reste et forme une infinité de la création humaine. En suivant cette démarche, les artistes s’assurent une liberté, la sécurité vient avec la notion d’être entrepreneur de soi-même et rejoint le défi technologique de réussir à se vendre. Wasting Shit fait figure de ce mouvement de motivation avec une détermination et une créativité qui accroît depuis de nombreuses années et qui touche aujourd’hui un public de moins en moins niche et de plus en plus attaché à son histoire personnelle et sa façon de la raconter et de la représenter. Il touche de mon point de vue les deux extrêmes d’Ulrich Beck, autant anxieux et insécure, que Wasting Shit rapporte à la méfiance face aux humains, à la drogue… que stimulé par sa manière de faire de l’argent et de purger ses émotions par son art. Cette fluidité se ressent également dans la quête de vouloir se trouver, se percevoir tel qu’il est, une quête ardue que l’on voit chez lui avec ses différents alias, on connaît Wasting Shit, Bob Glocc, fdo38. Ces différents alias donnent une allure de Fernando Pessoa, écrivain portugais qui écrit sous différents alias, chacun ayant une personnalité, des pensées, un métier différent que le primaire Pessoa, lui-même en recherche autant qu’en perte de sa réalité.
La modernité liquide porte la liberté à son paroxysme avec des choix multiples par les opportunités numériques et personnelles. La fluidité permet une créativité et une innovation sans limites. Realo et Wasting Shit explorent de nouvelles formes d’expression, défiant les frontières traditionnelles entre disciplines, genres et formats. Si on mélange ça avec une productivité sans retenue, on comprend pourquoi ils se font une place signifiante dans la culture musicale française. Plusieurs projets par an en solo ou commun avec un autre rappeur ou un producteur, tous différents mais tous évocateurs d’une jeunesse libre et affranchie. La complémentarité de Realo avec la technologie et ses couleurs se traduit dans le choix des prods et donc le choix des producteurs. Sa versatilité est impressionnante et flagrante. Il suffit de lancer ses sons en aléatoire et de tomber sur MONEY UP, PANTS DOWN produit par Rosaliedu38, puis 2 SEC produit par Myth Syzer pour comprendre une infime partie de sa vision musicale. Dans son dernier projet en date LIFE, Realo joue beaucoup avec sa voix, c’est à ne même plus le reconnaître. C’est comme s’il y avait une transmission directe entre lui et l’ordinateur qui donne un hybride d’humain qui se digitalise, comme une vague d’émotions forte avec les vocalises d’une machine. Wasting Shit, lui, personnifie depuis ses tout débuts Internet, il multiplie les références et dénigre même les humains pour mieux mettre en valeur ses relations émotionnellement intenses avec ce qui lui a sauvé la vie, FL Studio. Or, on ne l’entend pas parler aussi positivement de quelconques humains. Dans son dernier projet solo 1M NE SE GASPILLE PAS TT SEUL, il atteint un certain niveau de sensibilité sans pour autant être perçu comme vulnérable. Le clin d’œil intéressant en parallèle avec Realo que je vois se trouve dans l’outro du projet, BBB, dans lequel le traitement sinusoïdal de sa voix le fait varier entre vocales humaines et robotiques, comme en transition, comme si ce n’est plus Wasting Shit qui personnifie FL Studio mais FL Studio qui digitalise Wasting Shit. Le nom qui nous vient le plus vite à l’esprit quand on parle de digitalisation et de musique est Laylow, mais en vue de ses paroles plus lisses, plus romancées et plus générales, son histoire ne sonne pas aussi crue que lorsqu’on écoute Wasting Shit parler de sa consommation de médicaments, de drogues et d’un passé douloureux inoubliable. Dans le cadre de la fusion art-tech, ces idées transhumanistes se manifestent dans une recherche de symbiose entre l’organique et l’artificiel, où l’art devient un laboratoire pour expérimenter des états de conscience élargis. Contrairement à une vision dystopique de la technologie, ils explorent comment le numérique peut devenir un moyen d’éveil spirituel, créant des réalités immersives et augmentées qui permettent de ressentir des dimensions spirituelles autrement inaccessibles. En plus de l’écoute et l’interprétation individuelle que chacun peut se faire de cette musique, il y a un ressenti différent lors des concerts, une atmosphère qui réunit indirectement toutes les personnes présentes dans la salle et qui vibrent aux mêmes fréquences.
Realo - 2SEC (prod. Myth Syzer)




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