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Être vrai/Being real

Photo du rédacteur: skin
skin
28 sept. 2023
5 min de lecture
Être vrai/Being real est la plus grande marque d’affirmation et d’authenticité de soi- même. La majorité du temps la confiance en soi n’est qu’une illusion faussée par des critères propres à chacun. Elle découle de la parfaite connaissance de son moi intérieur, qui permet de vivre et d’agir en adéquation totale avec ses pensées, ses envies et sa forme physique. Autrement dit, pour être vrai, il faut connaître sa vérité et vivre selon elle. Pour quiconque le but de la vie est de s’élever, il est fondamental de se connecter à son moi enfoui, trouver sa raison de vivre, un moyen d’être animé par ce qu’on vit qui a comme trajet mille routes comme on entend dans le Booska Fuckoff où BB Jacques dit « J’ai envie de remettre en question ce qui m’anime », toujours avec cette tendance à remettre les réponses en question.
C’est un chemin de vie solitaire car c’est une manière de vivre parmi une infinité d’autres, cette façon de vivre est expliqué et détaillé par la théorie de la désintégration positive de Dabrowski qui peut être vulgarisé en l’expliquant comme un processus de développement qui crée un chemin vers soi-même. Chacun évolue à sa façon, ce qui peut créer des décalages gigantesques entre toi et les autres « ils savent pas j’suis à quel level de l’éveil » Freeze Corleone – Stretch 4.
Dans le rap, on se proclame facilement le plus vrai/the realest, comme 2 Chainz qui commence son verse sur Sacrifices avec Drake en rappant : « 2 Chainz I’m a real one » pour imposer l’image d’un être authentique. La vision qu’ils évoquent est la vision qu’ils perçoivent. Cette affirmation est devenue un critère obligatoire pour la légitimité d’un rappeur s’il veut tenter d’être, indépendamment d’être apprécié, perçu comme quelqu’un de vrai aux yeux de tous.
C’est une tentative qui peut vite être amenée au ridicule si l’artiste en fait trop, se cache trop dans ce rôle d’être quelqu’un qu’il n’est pas, principalement pour plaire. Eazy-E nous faisait déjà part de cette pensée en 1993 avec son morceau Real muthafuckkin G’s qui est un disstrack envers Dr.Dre, Snoop Dogg et Death Row. Sur ce track, il accuse Dre de rapper un style de vie qu’il ne vit pas, notamment de se proclamer gangbanger au côté des Crips alors qu’il ne serait qu’un gars de banlieue bien éloigné des projects de Compton. Le refrain respire l’authenticité d’Eazy-E alors qu’il annonce que c’est la saison des reals muthafuckkin G’s.



C’est un long chemin introspectif pour les personnes qui veulent retrouver leur nature primaire, il faut oublier tout ce que l’on sait, se détacher de ce qui nous appartient, et ce, à quoi nous définissons qui nous sommes pour se retrouver, pour être en paix avec soi-même et augmenter sa propre vibration qui influe sur l’énergie que tu renvoies et que les gens ressentent. Une fois ta vérité retrouvée, plus aucun obstacle superflu s’oppose à tes désirs, tu vis comme tu le dois et te créer logiquement un cercle plus en phase avec la personne que tu es désormais devenue. Il faut se connaitre comme Sheldon dans Reset quand il rap qu’il est « fait de contradiction et de subtilité, un peu d’égocentrisme, un peu d’humilité ».
L’égotrip désigne le fait de rapper sur ses plus beaux biens matériels, ses plus belles acquisitions et son mode de vie répondant aux plus gros fantasmes d’un babylonien moderne. Cette exécution existe depuis que le rap est né avec cette culture d’être le meilleur, car même si elle reste amicale la plupart du temps, Kanye West le rap si bien dans Big brother, quand en parlant de Jay-Z il rap « But to be number one imma beat my brother », elle reste compétitive et un pur combat pour les plus affamés. De 1994 à 1998, un magazine crée par Sacha Jenkins, Elliott Wilson et Jefferson Mao se nomme Égotrip et met en avant les figures principales de la scène rap à cette époque en parallèle avec la période où les conditions de vie peuvent enfin permettre aux rappeurs de s’en vanter. On pourrait penser que l’égotrip est la manière de rapper qui se rapproche le plus de la fierté de son propre Être mais celui-ci ne flatte aucunement les qualités de l’âme, il suffit d’écouter Narcisse de Josman, écrit pour flatter son égo comme il le dit lui-même dans ce son « Si j’suis à fleur de peau c’est que j’veux qu’on me jette des fleurs ». L’égotrip ne sert donc pas à flatter sa personne, mais ses conditions de vie, tout ce qui fait partie de notre moi extérieur.

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Le plus grand ennemi d’un rappeur qui se proclame vrai est les rappeurs qui, par manque de légitimité, de preuve, ou autre sont accusés de mentir dans leurs couplets « il faut pas porter de casquette pour qu’on t’aime bien », rap Luther sur Baume, pour justement avoir l’allure d’une personne, une attitude qu’il aimerait avoir plus qu’il n’a présentement, Key Glock en dénonce un nombre subjectif dans pop my shit « if you know just like I know, these n***** big cappin ». Pour moi, les lyrics vont avec l’attitude et tout ce que l’on voit de l’artiste. J’en tire une interprétation différente en fonction de si l’artiste se montre peu, à outrance, s’il nous montre une attitude extravagante ou au contraire réservée et dans sa bulle.
De nombreuses caractéristiques entrent en jeu pour interpréter les lyrics en fonction de l’artiste, et il y a des fois, pour moi ou pour toi où l’assemblage des paroles et de la personne ne colle pas. C’est à ce moment-là où la connexion n’est pas établie et que la vérité de l’artiste et ce qu’il en dit est mise en doute. La Fève clarifie, entre autres, dans ZAZA que lorsqu’il écrit c’est toujours « no cap dans le verset ». Cette attitude prononcée de peu se montrer est de plus en plus présente dans la scène du rap français pour laisser l’art s’exprimer « lowkey comme dans la vraie vie, on force rien à part la voix » Khali – KOLAF INTERLUDE. Mais Lil Wayne en faisait déjà l’apologie en 2011 dans 6 foot 7 foot avec la classique et surréaliste bar « Bitch real G’s move in silence like lasagna ».
Pour paraître sincère, il faut rapper sa vérité, pour rapper sa vérité, il faut la connaître. C’est un cercle vertueux si on le prend dans le bon sens en dépit de rouler vers une vie éloignée de la sienne et de se perdre dans le faux-semblant en se laissant vivre dans l’imaginaire.
« Le putain d’secret c’est reste vrai on t’a dit » Népal – Kodak White

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